La DS

Debout dans l’encoignure de la fenêtre du salon, dressé sur la pointe des pieds, j’aperçois la voiture de papa en bas dans la rue. Elle est garée devant le fromager, Monsieur Chénisse. Comme je suis en hauteur, je ne vois que le toit et le long capot. J’espère que cet après-midi nous irons faire un tour avec, passer devant le sémaphore et les chantiers Augustin-Normand, longer la plage, monter la côte du phare avec ses virages serrés pour tester la tenue de route de l’engin. J’aimerais que papa nous emmène jusqu’au champ d’aviation, voir les avions décoller et partir pour des destinations inconnues.

Papa n’a pas acheté une DS, il en a acheté trois. Une bleue pour lui, une rouge pour mon frère Philippe et une blanche pour moi. Avec Philippe on a vite compris que nous allions nous amuser comme des fous à piloter nos voitures, l’appartement du 65 rue du Maréchal-Joffre offre un volume idéal. Un hall d’entrée pour les stands, suivit d’un virage à 90° annonçant la longue ligne droite du couloir. De quoi s’initier au plaisir de la compétition.

Samedi dernier, après nos premiers échauffements d’un bout du couloir à l’autre, Philippe eut l’idée géniale d’organiser le jeu en nous positionnant chacun à une extrémité de l’appartement. Au signal de départ, un braillement d’une force sauvage, chacun se mit à pédaler avec vigueur pour tenter de passer le premier la ligne imaginaire du milieu du couloir. Mauvaise idée, bons pilotes mais piètres analystes de la largueur de la piste. 

Un fracas qui fit bondir Maman hors de la cuisine, papier peint déchiré, peinture des plinthes griffées, pilotes immobilisés dans les bolides encastrés, coincés entre les murs du couloir sans pouvoir se dégager. Une belle entrée en matière qui nous fit passer de la joie du pilotage à l’engueulade du « commissaire de piste ».

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